Chevaux Henson et phoques : où observer la faune de la Baie de Somme
La Baie de Somme fait partie de ces endroits où la nature n’a pas besoin de mise en scène. On arrive, on attend un peu, et elle arrive d’elle-même. Des phoques allongés sur un banc de sable à marée basse. Un groupe de chevaux au pelage fauve qui traverse un marais dans l’indifférence totale. Un vol de spatules blanches au-dessus des roseaux. Ici, l’observation faunistique n’est pas une promesse abstraite : c’est une réalité accessible à condition de savoir où aller et quand.
Ce guide s’adresse à quiconque séjourne dans le secteur et souhaite organiser ses sorties nature sérieusement, sans se contenter de passer en voiture devant le bord de l’eau. Observer les phoques au Hourdel demande de respecter quelques règles simples. Voir les chevaux Henson en liberté dans les marais suppose de connaître les bons sentiers. Profiter du Parc du Marquenterre dans les meilleures conditions relève presque d’un art mineur.
Pour des familles avec enfants notamment, la Baie de Somme représente une occasion rare : montrer du vrai sauvage, pas du sauvage reconstitué. Les phoques ne sont pas dans un bassin. Les chevaux ne sont pas dans un enclos. Et les oiseaux ne sont pas empaillés. C’est précisément ce qui rend ces observations si marquantes, surtout pour les plus jeunes.
La région couvre un espace immense entre le Crotoy au nord, Saint-Valery-sur-Somme au sud et la pointe du Hourdel à l’ouest. Plusieurs sites d’observation coexistent, avec des logiques différentes selon les espèces et les saisons. Une bonne sortie ici ne s’improvise pas tout à fait. Elle se prépare la veille, en vérifiant les horaires de marée, les conditions météo, et en choisissant l’itinéraire adapté au temps disponible. Ce guide vous donne tous les repères pour y parvenir.
Se préparer avant de partir : ce qu’il faut vérifier
La marée conditionne presque tout. C’est le premier réflexe à avoir avant d’organiser une sortie observation dans la baie. Les phoques se montrent sur les bancs de sable uniquement à marée basse ou en phase de jusant (descente). À marée haute, les bancs disparaissent sous l’eau et les animaux s’éloignent. Consulter un tableau des marées pour le port du Hourdel ou du Crotoy, disponible auprès des offices de tourisme ou sur le site du SHOM, prend deux minutes et change complètement la qualité de la sortie.
Ensuite, le matériel. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, des jumelles restent indispensables même si les phoques se laissent parfois approcher à une distance raisonnable. Une paire avec un grossissement de 8x42 offre un bon compromis entre portée et luminosité par temps gris. Pour les enfants, les petites jumelles compactes 8x21 suffisent amplement.
La question des chaussures mérite aussi quelques secondes de réflexion. Les sentiers côtiers sont souvent humides, les abords des marais parfois boueux après la pluie. Des chaussures de marche légères ou des bottes courtes évitent les mauvaises surprises.
Astuce : Avant de partir, vérifiez la météo locale spécifique à la côte picarde plutôt qu’à Amiens ou Abbeville. Les conditions peuvent varier de façon notable entre l’intérieur des terres et le bord de mer, avec des vents qui s’ajoutent au froid ressenti.
Enfin, prévoyez large sur les horaires. Une observation de phoques au Hourdel, bien faite, prend entre une heure et une heure trente. Ajouter le Marquenterre en demi-journée sur le même programme sans précipitation reste tout à fait possible, mais ne laissez pas moins de trois heures sur le site ornithologique si vous voulez en sortir satisfait.
Les phoques du Hourdel : repérer le bon moment et le bon endroit
Où pointe du Hourdel · Quand à marée basse · Durée 1 h à 1h30 · Distance de sécurité 300 m
La pointe du Hourdel constitue le point d’observation le plus accessible pour les phoques veaux-marins (Phoca vitulina) et les phoques gris (Halichoerus grypus) qui fréquentent la baie à l’année. Le village lui-même est minuscule : quelques maisons de pêcheurs, un petit port, un parking. On gare la voiture et on marche sur la digue vers l’ouest, en longeant le chenal.
À marée basse, les bancs de sable situés à quelques centaines de mètres de la pointe accueillent régulièrement plusieurs dizaines d’individus. Les phoques veaux-marins sont les plus nombreux : plus petits, au museau retroussé caractéristique, ils restent souvent immobiles sur le sable, ce qui leur vaut d’être parfois confondus avec des rochers par les observateurs peu attentifs. Les phoques gris sont plus rares mais plus imposants, reconnaissables à leur profil allongé et leur museau plat.
La distance de sécurité à respecter est d’environ 300 mètres. Inutile de chercher à s’approcher davantage : les animaux dérangés abandonnent leur repos, retournent à l’eau, et peuvent stresser au point de mettre en danger les jeunes pendant la période de mise bas (printemps pour le veau-marin, hiver pour le phoque gris). Des bénévoles de Picardie Nature sont souvent présents sur site pour guider les visiteurs, notamment en haute saison.
Les chevaux Henson dans les marais : où les trouver
Où marais entre Le Crotoy et Rue · Sentier Le Crotoy à Favières, 6 km aller · Moment tôt le matin · Règle ne jamais les nourrir
La race Henson est née ici même, dans les années 1970-1980, grâce à des éleveurs de la Baie de Somme (le parc du Marquenterre, lui, a été créé par la famille Jeanson). Croisement entre un étalon fjord norvégien et des juments selle français, ces chevaux ont été spécifiquement sélectionnés pour leur docilité, leur résistance aux conditions climatiques côtières et leur capacité à pâturer dans les marais sans abîmer les écosystèmes. Leur robe varie du crème au bai doré, ce qui les rend visuellement inoubliables dans le paysage des mollières.
Pour les observer en liberté, le secteur des marais arrière-littoraux entre le Crotoy et Rue offre les meilleures chances. Des troupeaux gérés dans le cadre de programmes d’éco-pâturage parcourent ces espaces humides, notamment aux abords de la Réserve naturelle nationale de la Baie de Somme. La route D940 longe certaines zones accessibles depuis les bas-côtés, mais les meilleurs angles de vue se trouvent sur les sentiers de randonnée balisés du Grand Site de France.
Le sentier du littoral entre Le Crotoy et Favières (environ 6 km aller) traverse plusieurs zones de pâturage extensif. On y croise les chevaux Henson à des distances parfois très courtes, particulièrement tôt le matin quand les animaux se déplacent vers les zones d’alimentation. Il n’est pas rare de les voir s’approcher des clôtures par curiosité, surtout si le groupe comprend des enfants silencieux et patients.
Attention : Ne nourrissez jamais ces chevaux, même avec de l’herbe cueillie à la main. Ils participent à un programme de pâturage écologique précis et toute perturbation alimentaire peut modifier leurs comportements et leur santé.
Le Parc du Marquenterre et les autres espèces à ne pas rater
Superficie 200 ha · Parcours 3 km (1 à 2 h) ou grand circuit (4 h) · Tarif payant · Réservation en ligne conseillée
Le Parc ornithologique du Marquenterre mérite une demi-journée complète, sans chercher à le compresser. Situé entre la mer et les terres agricoles, ce parc d’environ 200 hectares accueille des centaines d’espèces d’oiseaux, sédentaires ou de passage, en fonction des saisons. Les observatoires en bois disséminés le long du parcours permettent d’approcher les oiseaux à quelques mètres sans les perturber.
Les espèces à guetter varient selon la période :
- Printemps et été : spatule blanche, héron pourpré, avocette élégante, tadorne de Belon avec ses canetons.
- Automne : vagues de limicoles migrateurs, grandes aigrettes, parfois le balbuzard pêcheur en halte.
- Hiver : oies à bec court et oies rieuses par milliers, canards pilets, bécasseaux variables en plumage hivernal.
Comptez une à deux heures pour le parcours court (3 km) et jusqu’à quatre heures pour le grand circuit avec les observatoires avancés. Le parc est payant et l’entrée vaut largement le prix, notamment grâce à la qualité des aménagements et à la présence de guides naturalistes disponibles sur place certains week-ends.
Au-delà des oiseaux, les abords du Marquenterre hébergent aussi des renards, des lièvres des champs, ainsi que des hérons et des aigrettes en chasse le long des fossés. Pour les observer, patience et discrétion sont les deux seuls équipements valables.
Les erreurs qui gâchent l’observation
La première, et de loin la plus fréquente : arriver au Hourdel à marée haute. Le spectacle alors se résume à de l’eau et du vent. La déception est proportionnelle aux attentes. Vérifier les horaires de marée la veille prend moins de temps que de faire demi-tour après une heure de route.
Venir trop tard dans la matinée en est une autre. La faune sauvage est active tôt. Les phoques occupent leurs bancs en milieu de matinée lors d’une marée basse matinale. Les chevaux Henson sont en mouvement au lever du jour. Les oiseaux au Marquenterre sont les plus actifs entre 7h et 10h. Arriver à 11h après un petit-déjeuner tranquille reste possible, mais certaines observations seront moins spectaculaires.
Attention : La Baie de Somme est une zone à marées à fort coefficient. Les vasières peuvent être dangereuses pour quiconque s’éloigne des sentiers balisés. Chaque année, des randonneurs imprudents se retrouvent pris par la montée des eaux. Restez sur les chemins prévus à cet effet.
Surestimer la résistance des enfants sur la durée représente aussi un piège classique. Une matinée nature bien menée avec des moments forts bien espacés vaut mieux qu’une journée épuisante qui finit sur les nerfs à midi. Prévoyez un goûter, une bouteille d’eau par personne et une solution de repli si le temps tourne.
Enfin, les appareils photo à l’objectif trop court restent une source de frustration. Un téléphone seul ne capturera pas grand-chose à 300 mètres d’un phoque. Un zoom optique de 200 mm minimum fait la différence entre un souvenir flou et une vraie photo de voyage.
Ressources et itinéraires pratiques pour bien préparer
Plusieurs structures locales facilitent la préparation d’une sortie nature dans la baie. Le Syndicat Mixte Baie de Somme Picardie Maritime édite des cartes et fiches pratiques disponibles gratuitement dans les offices de tourisme du Crotoy, de Saint-Valery-sur-Somme et d’Abbeville. Le site du Grand Site de France Baie de Somme répertorie également tous les sentiers balisés avec les niveaux de difficulté et les points d’intérêt faunistiques.
Pour la gestion des marées, une ressource fiable : le site du SHOM (Service Hydrographique et Océanographique de la Marine), en sélectionnant le port de référence « Le Hourdel » pour avoir les données les plus précises pour la pointe. Les offices de tourisme diffusent aussi les horaires de marée de la semaine.
Le Parc du Marquenterre se réserve directement sur son site internet. Réserver en ligne permet d’éviter les files d’attente en juillet-août, où le parc peut accueillir plusieurs centaines de visiteurs par jour. Hors saison, l’achat sur place reste possible sans attente notable.
Pour les familles qui souhaitent aller plus loin, la Maison de la Baie de Somme et de l’Oiseau, à Lanchères, propose des expositions permanentes et des animations pédagogiques sur la faune de la baie, particulièrement adaptées aux 6-12 ans. Les médiateurs y sont formés pour captiver les enfants sur des sujets techniques comme la migration ou le comportement des phoques. Pour plus de conseils nature autour d'Ault, consultez les autres articles du Carnet de la Villa Marguerite.
En termes d’itinéraire sur deux jours, une répartition simple fonctionne bien : première matinée au Hourdel pour les phoques (marée basse de préférence), après-midi sur le sentier du Crotoy pour les chevaux Henson. Deuxième journée entière au Marquenterre avec départ avant 9h.
Pour repartir avec de vrais souvenirs
La Baie de Somme ne réclame pas beaucoup pour se montrer généreuse. Une marée basse, un matin calme, des jumelles et un peu de patience : le spectacle est là. Mais comme toujours avec la nature sauvage, la préparation fait toute la différence entre une sortie mémorable et une déception évitable.
Ce qui marque durablement, ici, c’est précisément l’absence de mise en scène. Les phoques n’ont pas été lâchés pour l’occasion. Les chevaux Henson ne sont pas dressés pour se laisser photographier. Cette authenticité se ressent immédiatement, surtout pour les enfants habitués aux parcs à thèmes où la nature est formatée pour la consommation touristique.
La baie réserve aussi des surprises à ceux qui la fréquentent plusieurs fois. Les locaux le disent souvent : on ne fait jamais la même visite deux fois. Une marée, une lumière, une saison changent tout. Les phoques sont là en hiver comme en été, mais les paysages autour d’eux n’ont rien de commun. Les chevaux dans les marais enneigés de janvier n’ont pas le même caractère qu’en septembre sous un ciel de traîne.
Pour rentrer avec de vraies photos et de vraies émotions, un conseil pratique : bloquez votre première sortie à la pointe du Hourdel deux heures après la basse mer. Les phoques sont installés, la lumière est souvent belle en milieu de matinée, et vous aurez tout le temps de revenir à pied vers votre point de départ avant que la marée ne remonte. C’est le meilleur point d’entrée pour découvrir la faune de la baie, et il suffit d’un tableau des marées pour le trouver.
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