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Pièce de la Villa Marguerite en cours de rénovation, cheminée d'origine conservée

Réemploi, chanvre et terre : comment la Villa Marguerite a été rénovée en 2023

Publié le 7 septembre 2026Par La Villa Marguerite5 min de lecture

Rénover une grande maison pour y accueillir quinze personnes, c'est en général l'occasion de tout déposer et de tout racheter. À la Villa Marguerite, la question posée en 2023 a été l'inverse : qu'est-ce qu'on peut garder ?

La rénovation a été conçue par Xavier Devaux, architecte d'intérieur, qui est aussi le propriétaire de la maison. Le fil directeur tenait en une idée simple, et assez exigeante à tenir jusqu'au bout d'un chantier : préserver au maximum l'existant, valoriser les matériaux anciens, et n'acheter du neuf que lorsqu'il n'y avait pas d'autre solution.

Voici ce que cela a donné, matériau par matériau.


Ne rien déposer sans raison

Dès le début des travaux, un soin particulier a été apporté à la conservation et au réemploi. Chaque élément qui pouvait être sauvegardé a été conservé ou restauré. Lorsqu'une dépose devenait inévitable, les matériaux récupérables ont été réutilisés sur place autant que possible. L'objectif était double : sortir le moins de déchets possible de la maison, et éviter des achats que rien ne justifiait vraiment.

C'est ce qui explique ce que l'on voit aujourd'hui en entrant. Les cheminées d'origine sont restées, avec les armoiries de la famille qui a bâti la maison. Les placards anciens ont été repeints plutôt que remplacés. Les lavabos, les carreaux et les ferronneries des fenêtres sont ceux de la maison, gardés à leur place. Ce ne sont pas des décors rapportés pour faire ancien.

Une cuisine, des sanitaires et du mobilier de seconde main

La même logique s'est appliquée aux équipements. Les sanitaires, le mobilier et la cuisine ont été choisis dans une démarche de consommation responsable : une large part de ces éléments vient de brocantes, de ressourceries ou d'achats de seconde main.

L'intérêt n'est pas seulement écologique. Ce mode d'approvisionnement donne une deuxième vie à des équipements de qualité, souvent mieux faits que leurs équivalents actuels, et il produit un intérieur qui ne ressemble pas à un catalogue. C'est ce qui donne à la maison ce mélange d'époques que les voyageurs remarquent presque toujours avant de remarquer l'isolation.

Des fenêtres démontées plutôt que jetées

Le poste des menuiseries est celui où l'on remplace le plus vite, et le plus systématiquement. Ici, les fenêtres existantes ont été soigneusement démontées, puis améliorées par la mise en place d'un double vitrage. La maison a gagné en confort thermique sans que les ouvrages anciens soient déposés et jetés.

Seule la baie vitrée a suivi un autre chemin. Plutôt que d'être fabriquée sur mesure, elle a été récupérée sur un autre chantier, puis adaptée à l'ouverture existante. C'est peut-être le geste qui résume le mieux l'esprit du projet : chercher d'abord ce qui existe déjà quelque part, avant de commander du neuf.

Du chanvre et de la terre dans les murs

Le confort thermique a constitué l'autre grand axe du chantier. L'ensemble des murs a été isolé par l'intérieur, au moyen d'une ossature secondaire en bois. Les cavités de cette ossature ont été remplies d'un mélange de chènevotte, les paillettes de chanvre, et de terre argileuse.

Ce type d'isolation biosourcée ne se contente pas de freiner les échanges de température : il participe à la régulation de l'humidité et de la température intérieures. Dans une maison de bord de mer, où l'air est chargé et où quinze personnes respirent, cuisinent et se douchent en même temps, cette capacité des parois à absorber puis restituer l'humidité compte autant que l'épaisseur de l'isolant.

Des enduits d'ici, des couleurs tirées de la terre

Dans le même esprit, les enduits proviennent d'un fournisseur local, ce qui raccourcit d'autant le trajet des matériaux jusqu'au chantier. Les teintes, elles, sont issues de pigments et de terres naturelles.

C'est un détail qui ne se lit pas sur une fiche technique, mais qui se voit sur les murs : ces couleurs-là réagissent à la lumière autrement que des peintures industrielles, et elles s'accordent naturellement avec les matériaux anciens de la maison. Les journées grises de la côte picarde leur vont particulièrement bien.

Une ventilation qui suit

Une isolation qui joue ce rôle de régulateur suppose de maîtriser le renouvellement d'air. Une ventilation mécanique contrôlée double flux a donc été installée : elle assure la qualité de l'air intérieur tout en limitant les déperditions, puisque l'air sortant sert à tempérer l'air entrant.

C'est l'équipement le plus contemporain de la maison, et il n'est pas là par hasard. Sans lui, une maison bien isolée occupée par un grand groupe finit par accumuler l'humidité, et les qualités de l'isolation se retournent contre elle. Le sujet est développé plus largement dans notre article sur ce que la rénovation écologique change au confort d'un séjour de groupe.

Ce que l'on en perçoit vraiment

La plupart de ces choix sont invisibles une fois la maison finie. Personne ne voit la chènevotte derrière un mur, ni la baie vitrée récupérée sur un autre chantier. Ce que l'on perçoit, c'est une maison qui reste tempérée sans surchauffe, où l'air ne colle pas, et où les odeurs d'une cuisine commune très fréquentée finissent par se dissiper.

Et ce que l'on voit, ce sont les objets : les cheminées, les placards, le mobilier chiné, les couleurs sourdes des enduits. Une rénovation menée dans cet esprit ne cherche pas à effacer l'âge du bâtiment, elle cherche à le rendre habitable sans le trahir. La maison a d'ailleurs une histoire qui vaut le détour, celle des Lennel et des serrures montées par les pêcheurs d'Ault.

Il reste une chose que ce chantier démontre assez bien : patrimoine, confort contemporain et sobriété des matériaux ne sont pas des objectifs qui s'excluent. Ils demandent surtout de commencer par regarder ce qui est déjà là.

La Villa Marguerite se loue entière, à Ault, en plein centre : six chambres et un dortoir, une grande tablée, et les cheminées d'origine.

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